II de Mad Fellaz

Difficile d’expliquer pourquoi les jeunes groupes italiens d’aujourd’hui choisissent la musique progressive plus massivement que partout ailleurs dans le monde mais nous n’allons certainement pas nous en plaindre. Si plusieurs de ces nouveaux musiciens montrent un attachement sûr aux sonorités vintages, Mad Fellaz se montre plus éclectique en puisant son inspiration là où son cheminement le conduit et ça inclut tout aussi bien les sources traditionnelles que celles qui le sont moins comme le blues rock anglais, les rythmes latins ou le jazz cuivré que ces ardents passionnés intègrent naturellement à leur musique.
Le trio instrumental formé en 2010 près de Venise devient vite un sextet qui enregistre un premier disque éponyme qui paraît en 2013. L’influence des pionniers (King Crimson, Banco, PFM, entre autres) est perceptible mais celle de groupes actuels comme Opeth ou Porcupine Tree l’est également. La formule instrumentale ayant montré ses limites, Mad Fellaz a eu la bonne idée de recruter Anna Farronato, une jeune chanteuse énergique qui prête sa voix à trois des 6 pièces qui représentent tout de même les deux tiers de l’album. L’ajout d’une voix donne de nouvelles possibilités au groupe qui devient octuor par l’ajout d’un percussionniste. Les pièces chantées présentent l’intérêt le plus immédiat, la voix de la jolie ayant un haut pouvoir attractif. Bien que différentes les unes des autres, ces trois longues pièces présentent une structure similaire avec des développements instrumentaux, des textes chantés en anglais et de multiples solos.
La première, «Hollow Shell» et ses quatorze minutes prend son temps avant d’atteindre son rythme mais l’entrée en scène des guitares bluesy donnent le signal de départ. L’omniprésence de la flûte traversière assure une certaine douceur que vient parfois rompre la trompette jouée par Sean Lucariello, un artiste invité qu’on aimerait voir intégrer officiellement le groupe. Vers la fin de ce titre, on croirait entendre le riff de «My Sharona» (The Knack). Morceau de bravoure par excellence, «Blood Pressure» sort de son intro atmosphérique par une explosion musicale où se mêlent les claviers, guitares, flûte et le chant agressif de Farronato. On navigue habillement entre Van der Graaf Generator, King Crimson et Yes avec des solos et de fréquents changements de rythmes. La dernière pièce chantée, «OVO (Of Virtual Omniscence)», nous amène dans un monde plus doux près de celui de Renaissance avec des accords de piano et un chant plus posé. Les compositions instrumentales sont plus courtes mais aussi essentielles. «Me Gusta» présente un rythme à saveur latine avec une finale jazzée dominée par la trompette qui nous fait regretter qu’elle ne soit pas plus présente. Les deux autres titres demandent plus de temps pour être assimilés mais ils présentent les mêmes caractéristiques, c’est-à-dire une musique nuancée où chacun des instruments a voix au chapitre.
On peine quand même un peu à catégoriser Mad Fellaz qui a réussi à rendre cohérente une musique avec des forces aussi différentes. Contrairement à plusieurs de ses compatriotes, Mad Fellaz a choisi la langue anglaise ce qui le rend moins identifiable à la scène italienne. Un peu à la façon de King Crimson à ses débuts, Mad Fellaz a un talent fou pour intégrer des éléments de jazz, de blues et de musique latine à son rock qui sonne essentiellement progressif. Comme une bonne recette, on devine à peine les ingrédients mais on raffole du résultat. Probablement mon album préféré des derniers mois.